Place for archiving, researching and transmitting born in 1994 that explores Land Art both in historical, critical and prospective perspective. It is aimed at “an audience as wide as possible” (Gerry Schum)
Founder/director: Marc de Verneuil (architect, critic)

Lieu d'archivage, de recherche et de transmission né en 1994 qui explore le Land Art dans une perspective aussi bien historique, critique que prospective. Il s’adresse à «un public le plus large possible» (Gerry Schum)
Fondateur/directeur: Marc de Verneuil (architecte, critique
)

in memoriam Yann Le Guennec (1968-2014)






mardi 29 novembre 2011

Between a rock and LACMA, it's a hard place | Un Rocher pour le LACMA: entre marteau et enclume

Photo: Deborah Vankin

Article original de Deborah Vankin publié le 24 novembre 2011 (Los Angeles Times).
Un grand merci à l'auteur pour ses photographies inédites.  

Read the original 

Nous vous invitons à lire cet article qui fait un nouveau point sur les difficultés rencontrées par les personnes impliquées dans la préparation de Levitated Mass, la plus grande des œuvres de Michael Heizer jamais créée en milieu urbain, bientôt installée au LACMA. Ce texte inédit permettra de faire patienter ceux qui attendent notre action transatlantique annoncée début septembre, et de comprendre les raisons pour lesquelles nous avons maintes fois reporté la date de démarrage du petit dumper de Régis Perray.  


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Un Rocher pour le LACMA: 
entre marteau et enclume
24 novembre 2011 | Deborah Vankin | Traduction : Marc de Verneuil.

Lorsqu'il sera installé au musée d'art, un rocher de 340 tonnes deviendra partie intégrante d'une sculpture appelée « Levitated Mass ». S'y rendre à partir du comté de Riverside est un défi logistique, autant que bureaucratique.

L'objet: Un morceau de granite de 340 tonnes [308 tonnes métriques], 6.5 mètres de haut, stationnant dans une carrière dans le comté de Riverside.

La mission: le soulever et le transporter au Los Angeles County Museum of Art, un voyage de 170 kilomètres.

Degré de difficulté: Elevé. Très élevé.

Photo: Deborah Vankin
Ce n'est pas un caillou ordinaire. L’énorme rocher est censé devenir la clef de voûte de la sculpture en plein air de l’artiste Michael Heizer dénommée « Levitated Mass », partie intégrante d'une exposition permanente prévue sur le côté nord du campus du LACMA sur Wilshire Boulevard.

Si seulement le rocher pouvait vraiment léviter. Le déplacement de ce dernier s’avère être plus difficile que prévu, et le musée, qui était censé le réceptionner en août, déclare maintenant que le rocher ne quittera probablement pas la carrière avant la fin décembre.

« Le déplacement ne va pas être une partie de plaisir, » déclare Rick Albrecht, directeur logistique du projet dont la société, Emmert International, a déménagé des générateurs nucléaires et une bâtisse historique du 19e siècle ; alors il s’y connaît en matière de lourdes charges à soulever. « Mais les préparatifs sont le plus gros travail ».

Photo: Deborah Vankin
Voici le topo. Le gros rocher se trouve dans la carrière de Stone Valley, un plateau poussiéreux de 36, 4 hectares entouré de coteaux granitiques et des montagnes Jurupa du Riverside. Les camionneurs doivent batailler pour mettre le rocher de la carrière sur un « transporteur » modulaire de 90 mètres de long, ressemblant à un millepatte, qui va le transporter pendant la nuit au cours d'un voyage à travers trois comtés.

Vitesse de pointe ? 11 kilomètres par heure.

Les équipes de travail provenant de 100 services publics accompagneront le rocher pour démonter les panneaux de signalisation, caténaires et autres obstacles, puis les remettre en place à mesure que le transporteur géant avance. Un expert en signalisation déplacera puis rétablira les feux de circulation, lesquels, autrement, seraient fauchés comme des brins d'herbe par le convoi, qui est presque aussi large que trois voies de circulation d'autoroute.

Il y aura des équipes de régulateurs pour bloquer la circulation et des agents de sécurité. Et, bien-sûr, l’indispensable équipe de tournage du documentaire.

Photo: Deborah Vankin
Une fois arrivé, le rocher sera immobilisé au-dessus d’une entaille de 456 pieds de long, tranchée dans le sol à travers laquelle les visiteurs pourront passer, avec l’impression que le rocher lévite au-dessus d’eux. L'ensemble du projet – prix du rocher, son transport et la construction du site de la sculpture – coûtera jusqu'à 10 millions de dollars, que le musée a recueillis auprès de donateurs privés, notamment Terry et Jane Semel, Bob Daly et Carole Bayer Sager.

Comme aime à dire le directeur du LACMA Michael Govan, c’est une démarche comparable à celle des anciens Egyptiens quand ils ont bâti les pyramides.

Mais les Pharaons n'ont pas eu à composer avec les méandres de la bureaucratie. Avant même qu'ils ne commencent, les convoyeurs doivent négocier avec les fonctionnaires des villes, des comtés et de l'état pour les innombrables permis nécessaires à la traversée des juridictions. Plus de 100 au total.

Le bassin de Los Angeles, depuis Mulholland Drive. Photo : Lan56

Et les fonctionnaires locaux ont à déterminer lesquels des routes et des ponts sont assez larges et assez solides pour supporter la charge. Les permis sont en cours de traitement pour quatre villes, dont Diamond Bar qui fait des études d'ingénierie sur la portion de l'itinéraire proposé qui la concerne.

« C'est intensif », concède Albrecht, une espèce de cow-boy des temps modernes avec moustache touffue, anneau de boucle d'oreille en argent et intense bronzage ras-du-cou. Il se tient debout, à Stone Valley, étrangement calme en dépit du bip intermittent d'un bulldozer et du grondement passager d’éboulis tombant des parois de la carrière.

Environs d'Hollywood.
Photo : BenSherman
« Chacun doit être d’accord. Ça n’arrête pas de changer. Alors, on refait l'itinéraire. Le traitement [des permis] prend généralement un an, et nous avons six mois. Alors, nous nous sommes battus comme des fous pour y arriver. »

Le frère d’Albrecht, Mark, chef de projet senior chez Emmert, est ce magicien derrière les portes de la salle de réunion, négociant avec les municipalités les autorisations pour emprunter les routes. Tout changement d’itinéraire, dit-il, déclenche un effet domino impliquant de nombreuses équipes, des complications dans le planning, de nouveaux essais de manœuvres, encore plus de permis ; et, à chaque fois, repoussant d'autant la date de départ du rocher.

En attendant, l'exploit technique – à savoir celui du transporteur – génère son propre lot d'obstacles.

« Essayez donc de faire demi-tour avec un véhicule pareil », dit Rick Albrecht, soulignant que le transporteur aura souvent à rouler du mauvais côté de la route pour faire un demi-tour. »

Los Angeles (downtown)
Photo : BenSheman
Voilà pourquoi le rocher voyagera de nuit, sur des routes fermées à la circulation – ces 544 tonnes [métriques] de poids total en charge se déplaçant si lentement que le voyage durera neuf jours. Le rocher lui-même sera placé dans un empaquetage protecteur et le véhicule éclairé par plus de 243 mètres de guirlandes lumineuses pour sa visibilité.

Le stationnement ? « Au milieu de la route, le seul endroit assez grand », dit Rick. Plusieurs permis étaient nécessaires pour garer le rocher pendant la journée.

Tim Culverwell est le petit bonhomme vert ou rouge – littéralement. Le surintendant de chez LA Signal aura la lourde tâche du déplacement des feux de signalisation.

« Nous allons finir par faire clignoter, enlever et retourner presque tous les mâts des feux de signalisation que nous rencontrerons », dit-il. «  Nous n'avons jamais eu à aller, avant, jusqu’à de telles extrémités avec un chargement ; ce sont deux heures de travail par mât. »

« Si tout cela semble excessif, l’assistant de l'artiste, Tim Cunningham, n’hésite pas à jouer l'avocat du diable. « J'ai trouvé amusant ce que j'ai lu dans la presse au sujet de la dépense. Les défaitistes. C'est aussi viable que n’importe quel autre projet de travaux publics », insiste-t-il. « Et en plus, au-delà de l’attrait esthétique, cela crée des emplois  – pour Emmert, les grutiers, les camionneurs, les gens du service public qui font des heures supplémentaires – et le pays a besoin d'emplois. »

Photo : Deborah Vankin
Stephen Vanderhart, co-propriétaire de la carrière, a trouvé que l'expérience avait ses avantages et ses inconvénients. Le transporteur, qui a été construit autour du rocher, trône en plein milieu de sa zone minière, en en perturbant l’exploitation. Mais ce que la carrière a perdu en exploitation, elle le gagne en relations presse, dit Vanderhart. Stone Valley reçoit environ une demi-douzaine d'appels par jour de gens qui demandent si le rocher a bougé, et les visiteurs s'arrêtent chaque semaine pour regarder.

« C'est incroyable, les gens qui ne sont pas nécessairement sensibles à l'art sont excités en pensant à lui, en raison de la technologie déployée, ou de la géologie » dit Vanderhart.

La nuit où le rocher commencera son voyage épique, Vanderhart prévoit de lui dire au revoir autour d'un barbecue en plein air pour environ 300 personnes, à la carrière, avec un DJ et des t-shirts personnalisés en souvenir.

Que diront les T-shirts ? « Big... Rock ... Move ! » [*]

Deborah Vankin 
(Los Angeles Times)

[*] Littéralement, on pourrait traduire ces trois mots par « transport de rocher encombrant ». Mais ici, le mot final convoque aussi l'impatience de Vanderhart, comme s'il criait à son cher rocher : « bouge de là ! » (merci à Serge Paul pour cette précision).

Traduction © OBSART, 2011 Tous droits réservés.
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340 grammes déplacés during Levitated Mass by Michael Heizer 
une action transatlantique | a transatlantic action

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